Déclaration aux médias à l’occasion du dépôt du rapport annuel 2017-2018

Ottawa (Ontario), le 12 juin 2018
M. Raymond Théberge - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Mesdames, Messieurs, bonjour.

C’est investi d’un grand sens du devoir que je prends la parole devant vous ce matin. Comme vous le savez, c’est aujourd’hui que j’ai déposé mon rapport annuel 2017-2018.

En premier lieu, j’aimerais souligner que les terres sur lesquelles nous sommes réunis font partie du territoire traditionnel non cédé du peuple anishinabé algonquin, un peuple autochtone de la vallée de l’Outaouais. Pendant des milliers d’années, les Algonquins ont habité, chassé, commercé et voyagé ici.

Ce rapport annuel marque une transition entre la fin du parcours de la commissaire aux langues officielles par intérim, Ghislaine Saikaley, et mon entrée en poste à la fin janvier 2018. La dernière année a été une période jalonnée de défis stimulants et de belles occasions pour le Commissariat aux langues officielles.

Le premier chapitre traite du 150e anniversaire de la Confédération canadienne, célébré tout au long de 2017, une grande célébration nationale qui a inspiré les Canadiens à s’engager au sein de leur communauté et à rendre hommage à nos valeurs partagées, à nos accomplissements, à notre diversité et à la place qu’occupe notre pays dans le monde. Il y a eu quelques plaintes, mais les efforts déployés par le Commissariat jusqu’à cette étape charnière ont eu une incidence positive pour sensibiliser les institutions fédérales à l’importance d’offrir aux Canadiens et aux nombreux visiteurs des expériences reflétant la dualité linguistique du pays.

Pour prendre part aux célébrations, le Commissariat a tenu une conférence nationale simultanément dans six villes. La conférence cherchait à recueillir un ensemble de points de vue sur une vision commune de l’avenir de la dualité linguistique, dans une société en constante évolution.

Le premier chapitre présente aussi notre engagement auprès des organisateurs des Jeux du Canada 2017, qui ont eu lieu à Winnipeg l’été dernier, du G7 tenu la semaine dernière, à La Malbaie, et des Jeux du Canada 2019, qui se dérouleront à Red Deer.

Le deuxième chapitre fait état des nouvelles possibilités en matière de langues officielles, comme la priorité donnée au développement de la petite enfance par le gouvernement fédéral et le Plan d’action pour les langues officielles 2018-2023 : Investir dans notre avenir. Il traite également de la modernisation de la Loi sur les langues officielles et du Règlement sur les langues officielles — communications avec le public et prestation des services.

Le Commissariat a amorcé sa réflexion sur la modernisation de la Loi à l’été 2017 et a multiplié ses interventions au cours des derniers mois afin de poursuivre le dialogue avec les divers intervenants clés. Alors que la Loi aura 50 ans en 2019, je suis d’avis qu’elle gagnerait à être révisée afin de tenir compte de l’évolution de la société canadienne. Je ferai de cette question une de mes priorités et rendrai publique ma position à un moment jugé opportun.

Le troisième et dernier chapitre porte sur le leadership dans la fonction publique fédérale. On y traite notamment du rapport du greffier du Conseil privé sur la langue de travail.

Le rapport annuel fait état des nombreuses interventions du Commissariat, au cours de l’exercice 2017-2018, qui ont incité les institutions fédérales à accorder au dossier des langues officielles toute la place qu’il mérite.

Du nouveau cette année : j’ai retenu des exemples d’initiatives que m’ont fournis les champions des langues officielles au sein des institutions fédérales et qui méritaient une mention spéciale dans le rapport annuel. Bien que toutes les initiatives méritaient une telle mention, le portail linguistique en ligne du Bureau de la traduction a été choisi en raison de sa mission visant à aider les Canadiens à tirer profit au maximum de leurs deux langues officielles.

Comme je l’ai constaté dès mon entrée en fonction, le travail poursuivi par la commissaire par intérim et son équipe au cours des 13 mois précédant mon arrivée porte la marque d’un professionnalisme, d’un dévouement et d’une intégrité sans prix. Ces qualités inestimables assurent la pérennité du Commissariat.

En 2017-2018, le Commissariat a reçu un total de 894 plaintes recevables, dont plus de la moitié concernaient les services au public. Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir en matière de respect des langues officielles.

De plus, une série d’observations auprès de 10 institutions fédérales a mené au constat suivant : les services en personne ne sont pas toujours à la hauteur.

Selon moi, les institutions fédérales n’ont pas les outils pour bien s’évaluer, notamment en ce qui a trait aux communications avec le public et à la prestation des services.

Cela mine les droits des Canadiens, notamment ceux des membres des communautés de langue officielle en situation minoritaire.

De toute évidence, les outils actuels qui servent à mesurer le rendement des institutions fédérales en matière de langues officielles ne donnent pas un juste portrait de la situation. Ils ne permettent pas aux institutions fédérales de mesurer leur réel progrès en lien avec leur conformité à la Loi sur les langues officielles.

C’est pourquoi j’ai recommandé à la ministre du Patrimoine canadien et au président du Conseil du Trésor de procéder à un examen des outils d’évaluation actuels, et de modifier ceux-ci en conséquence. Il est primordial de dresser un portrait clair de la situation des langues officielles au sein de l’appareil fédéral.

Dans le cadre de la consultation que nous avons tenue avec les institutions fédérales l’an dernier, nous avons compris que celles-ci souhaitaient être mieux appuyées en ce qui concerne la marche à suivre en matière de langues officielles. Le Commissariat travaille présentement à élaborer un nouvel outil, un modèle de maturité, dans le but de le mettre en œuvre dès 2019. En plus des outils, ce qui est essentiel, c’est le leadership. Il importe que ce leadership soit exercé par le gouvernement et au sein de la fonction publique, et ce, à tous les échelons.

La dualité linguistique est pourtant l’une des valeurs fondamentales du Canada. C’est l’un des piliers sur lesquels reposent l’identité et la diversité de notre société. Cependant, il y a des défis à relever, et le Commissariat doit veiller au grain et faire en sorte que les langues officielles conservent une place de premier plan sur l’échiquier national.

J’invite les parlementaires et les institutions fédérales à prendre leur rôle de leaders au sérieux et à passer de la parole aux actes. Il faut maintenir les langues officielles à l’ordre du jour et ainsi favoriser l’essor de la dualité linguistique au Canada.

Il est essentiel que les institutions fédérales demeurent à l’affût des besoins et des préoccupations des membres des communautés de langue officielle, notamment dans les domaines de l’immigration, de la justice et de la petite enfance, pour faire en sorte que leurs gestes et leurs décisions sont en lien avec les droits linguistiques des Canadiens et l’épanouissement des communautés de langue officielle.

C’est pourquoi je vais suivre de près la mise en œuvre du Plan d’action 2018-2023. Comme je l’ai déjà mentionné, il est important que les rôles et responsabilités soit précisés et que la reddition de comptes soit bien intégrée.

Puisque le greffier du Conseil privé, à titre de chef de la fonction publique fédérale, a placé la langue de travail au cœur des priorités de la fonction publique dans le cadre de son rapport intitulé Le prochain niveau : Enraciner une culture de dualité linguistique inclusive en milieu de travail au sein de la fonction publique, je lui recommande d’établir un mécanisme approprié afin d’informer annuellement les employés fédéraux de l’état d’avancement des travaux du comité chargé de la mise en œuvre des recommandations formulées dans le rapport, et ce, à compter de septembre 2018.

Outre le rapport du greffier, le gouvernement a mis en place plusieurs bonnes initiatives en 2017-2018, comme le nouveau plan d’action quinquennal sur les langues officielles, le nouveau plan sur l’immigration francophone hors Québec, le plan d’action sur l’amélioration du bilinguisme des juges et des cours supérieures et la modernisation du Règlement.

Nous continuerons de surveiller ces dossiers et d’insister pour que toutes les personnes qui y jouent un rôle important se responsabilisent, et ce, afin d’obtenir des résultats concrets.

Au bout du compte, ce sont les Canadiens qui transigent avec le gouvernement dans la langue officielle de leur choix qui sortiront gagnants.

Je vous remercie de votre attention. Je suis maintenant prêt à répondre à vos questions, et je vous invite à vous exprimer dans la langue officielle de votre choix.

Date de modification :
2018-06-12